Kassaman binnazilat ilmahiqat..." le plus noir des crimes est celui qui consiste à obscurcir la conscience politique et d’égarer tout un peuple" d'Emile ZOLA

Kassaman binnazilat ilmahiqat..." le plus noir des crimes est celui qui consiste à obscurcir la conscience politique et d’égarer tout un peuple" d'Emile ZOLA

Le nom de ce blog est sans doute évocateur de notre "nachid el watani" tant décrié par le passé parce que, associé au pouvoir Algérien illégitime. Après des décennies de disettes. Je voudrais faire de cet espace, un coin où tous mes compatriotes et autres amoureux de libertés, de démocratie, ou tout simplement d'histoire pourraient s'exprimer librement. En ce sens, nous vous souhaitons la bienvenue. En hommage à Nacer Hachiche, repose en paix et à bientôt ! Pour garder le contact avec notre chère patrie : http://www.alger-presse.com/index.php/presse-fr


Ma dernière conversation avec Kheireddine Ameyar, l'homme des grandes passions

Publié par The Algerian Speaker sur 12 Juin 2015, 11:30am

Catégories : #Souvenirs (liyâam)

Ciao l'artiste, Allah yerahmek we wessaâ allik
Ciao l'artiste, Allah yerahmek we wessaâ allik

C'était vers les coups de 19 heures, un jeudi 9 juin 2000. Nouredine Azzouz, attristé, abattu, et tout aussi fébrile, m'appelle à la maison. "Il l'a fait" (Darha!). Je demande: "Qui, quoi, Kho?". Il me répond: "Kheireddine a passé l'arme à gauche".

Je suis assommé. Je mesure la gravité de la situation. Ameyar, Kheireddine, "la grosse gueule", le journaliste, le "native son" d'Alger, le fils de la Casbah, le supporteur invétéré de l'USM Alger, le rare journaliste algérien avec sa barbichette à la John Custer et ses lunettes à la John Lennon, qui appréciait plus la chique que la cigarette (comme un véritable "Belda"), n'est plus. Gros moment de stupeur.

Je suis abattu, moi aussi. C'est un moment de grande tristesse pour moi. Car cet homme, qui aimait l'Algérie jusqu'à se tuer, était devenu un grand ami, un exemple, qui me demandait souvent conseils pour la confection de sa Une, celle de La Tribune, alors que j'étais retourné depuis 1993 à l'APS, à la "maison" après une escapade qui m'a fait découvrir les cruautés de la jungle médiatique, le monde hors des remparts psychologiques et politiques aseptisés de l'Agence.

Ameyar, disparu? Mort? C'était difficile d'intérioriser, de concevoir ce qui se passait autour de moi. Nouredine Azzouz a-t-il bien fait de m'appeler? Oui, certainement. En fait, j'étais tout retourné, car l'annonce de sa mort et la façon dont cela s'est passé, m'a rappelé ma dernière, la toute dernière conversation que j'avais eue avec lui, un ou deux mois avant sa disparition.

Cela se passait dans son bureau, au siège de La Tribune, où trônait un climatiseur qui l'agaçait avec son bruit. Il m'avait demandé de passer le voir. À l'époque, j'assurais le service de la chronique financière que publiait quotidiennement La tribune. Ameyar et moi l'avions conçue à l'époque où j'étais encore à La Nation, vers 1992. À l'époque où La Tribune était encore en gestation, avec une équipe très ambitieuse constituée des plus belles plumes, je dis bien et je pèse mes mots, des plus belles plumes jusqu'à aujourd'hui, que la corporation possède. I

l y a d'excellents journalistes en Algérie. Mais ceux-là, ce sont mes amis, et je m'arroge donc le droit de dire qu'ils sont les meilleurs. Mais, lui, il voulait plus. Cette chronique financière, marchait bien et étais très suivie par les lecteurs. Les cadres algériens qui lisaient le journal. Et donc, Ameyar voulait encore plus.

Je lui explique alors que c'était impossible, que je ne pouvais aller au-delà de nos accords moraux qui avaient précédé ma réintégration à l'agence, au moment où j'étais encore à La Nation. Et, là, passant vraiment du coq à l'âne, il commence à me raconter des choses bizarres. Irréelles. Comme dans ces romans de H.P. Lovecraft ou d'Allan E. Poe, où intrigues et fantastique se mêlent.

Blessure profonde C'est à ce moment, c'était au printemps 2000, que j'ai senti combien était profonde la blessure de cet homme. Il m'a paru soudain blasé. Il dit qu'il en a marre de tout. Une grande tristesse transparaissait des mots qu'il me lançait. Je n'ai osé, je ne me rappelle plus, allumer une cigarette. Je le respectais beaucoup. J'appréciais les conversations avec lui.

C'est la seule personne de toute ma vie d'algérois ayant usé ses baskets entre la rue de Sidi M'hmed Chérif dans la vieille ville où mon grand-père avait un magasin de bijouterie et les ruelles animées de Bab El Oued, je dis bien la seule, qui m'a affublée d'un surnom, sans recevoir une volée de bois!

Et il m'a parlé de son désespoir de voir l'Algérie aller dans le bon sens. Son dépit de ne pouvoir faire quelque chose pour le pays. Sa rage de voir que tout allait de travers. Je n'ai pas beaucoup connu assez l'homme, mais assez pour dire que Kheireddine Ameyar était dans son genre un passionné, un vrai patriote, un homme qui avait l'Algérie au cœur.

Il en était arrivé à être dégoûté de tout. Son désespoir était immense, au moment où je l'ai quitté ce jour-là. Quelle tristesse! Dans sa grande générosité, car c'était un brave, il m'avait proposé un contrat mirobolant avec La Tribune. Ce que j'avais, bien sûr refusé.

Mais, je ne mesurais pas suffisamment à cette époque, qu'il était vraiment au fond de l'abîme. Dans le plus noir des désespoirs. Un signe qu'on n'avait pas "saisi", il avait commandé durant cette période un dossier sur le... suicide. Et il est parti à jamais juste après la publication de ce dossier? Était-ce un message?

Comment le décrypter, après tant d'années? Cet acte désespéré était, pourtant, tout le contraire de l'homme. Jovial, bon vivant et aimant bien la bonne chair, dont il gardait les "nonos" pour son chien, qu'il affectionnait beaucoup, Ameyar était, dans son genre, un puriste de l'écriture, du journalisme.

Il n'aimait pas et détestait par-dessus tout la médiocrité, les articles et les reportages bâclés, et plus que tout "les misérables" de la politique. Il en est ainsi avec lui: s'il y avait un prix pour le journalisme extrême, comme les sports extrêmes, la palme lui reviendrait. Je me rappelle de cette colère noire dans laquelle il a été plongé par une correction malheureuse d'un de ses éditoriaux à La Nation. Fatiha, une des deux correctrices de l'hebdomadaire, avait cru bien faire en changeant le nom d'un des pharaons égyptiens, Aménophis II par celui d'Amenophis IV, cité dans cet Édito.

Mais, Kheireddine, en pointant au journal vers les coups de 11 heures le lendemain, et en relisant son Édito, a piqué une telle colère que la pauvre Fatiha a fondue en larmes. Puis il lui explique que son Édito était basé sur le personnage d'Aménophis 2 et ses réalisations, et non une simple lubie de journaliste qui évoque des rois d'Egypte pour le "fun".

Ameyar était un puits de savoir. Un journaliste accompli. Et, à côté de lui, il y avait une belle équipe, comme dans le football, ceux de la défense, avec les papiers et analyses politiques sur l'actualité chaude de cette époque (nous sommes entre 1991 et 1993), les attentats terroristes qui menaçaient la stabilité du pays alors qu'à l'extérieur la passivité complice compliquait la situation interne, les caisses du pays étaient presque vides et se profilait alors l'ajustement structurel du FMI.

Les gens rentraient tôt. Il y avait les gars du milieu de terrain, qui faisaient le gros du boulot avec les reportages et les informations confidentielles, et ceux de l'attaque, avec les magazines, l'Internationale, la culturelle et, surtout, "Souk El Kalam".

Du beau monde, dont deux sont également décédés, Allah Yarhamhoum (Dieu ait leurs âmes) aussi, Ali Boudoukha et Baya Gacemi. Il y avait donc, Nouredine Khelassi, Abed Charef, El Kadi Ihsane, Bachir Cherif Hassan, Nouredine Azzouz, et comme chefs d'orchestre à la rédaction Ameyar et à la technique Mohamed Chouli, qui avait travaillé longtemps avec Kheireddine lorsque celui-ci avait dirigé Algérie-Actualités.

Sa propre idée du journalisme

Et puis comme Ameyar refusait les carcans, il a voulu avoir son propre journal, sa propre idée du journalisme qu'il tenait à concrétiser en construisant un grand titre de la presse nationale. C'est de là qu'est née l'idée de la création de La Tribune.

Il voulait que le journal soit construit sur les principes de la presse américaine, avec beaucoup de news, des critiques financières, culturelles. Du magazine et des features également. Comme il est de tradition dans la presse américaine. Avec bien sûr, la signature des papiers, tous les papiers, même si c'était des reprises d'agences.

En cela, La Tribune reste jusqu'à aujourd'hui pionnier, un exemple, car rare sont les journaux algériens, dans les instants même où cette chronique est écrite, qui respectent ce principe sacro-saint de la déontologie: la signature d'un papier, une dépêche.

Il y en a même des journaux qui, font des pitreries en signant une dépêche du bureau de Tamanrasset ou d'Oum El Bouaghi de l'agence APS ''Agences'' (au pluriel), rien que pour ne pas citer l'APS.

Non, Ameyar symbolisait ce que la presse algérienne avait de meilleur, de sain, d'honnête. Et puis, juste avant la naissance du journal, je suis parti, non sans laisser au futur directeur de La Tribune, des exemplaires de Une du Washington Post ou du Herald Tribune.

Bien après, le logo de La Tribune sera calqué sur ces deux grands quotidiens. Et puis, lorsque je suis passé le voir, avant de quitter définitivement La Nation, en 1993, il m'a abruptement apostrophé, dans le long couloir du journal, près de la place Émir Abdelkader, à la rue Larbi Ben M'hidi, à quelques jets de pierres de la Casbah: "Alors, tu veux devenir rentier en retournant à l'Agence?".

Au fond de lui-même, il n'avait jamais accepté que je parte. Mais, avec de talentueux journalistes, il a réussi à construire un grand journal.

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